Devenir entrepreneure : faut-il vraiment être prête avant de se lancer ?
Ce syndrome de l'imposteur

Ça fait maintenant 14 ans que je suis entrepreneure.
Quand j’ai lancé Bougeotte et Placotine, mon objectif était simple : répondre à un besoin et transmettre une expertise que j’avais développée à la maîtrise. Je voulais faire connaître mes connaissances au plus grand nombre de femmes possible. L’entrepreneuriat est rapidement devenu, pour moi, le chemin le plus direct pour y arriver.
À l’époque, je ne connaissais pas grand-chose au monde des affaires, même si mon père en était déjà à sa deuxième entreprise. J’ai donc commencé par ce que je connaissais : mettre en place des standards élevés, offrir une expérience client exceptionnelle et rester dans mes cordes, là où se trouvaient mes compétences et mon expertise.
J’ai travaillé fort. J’ai pris soin de chaque cliente. J’ai partagé de bonnes informations, écrit des articles de blogue et développé des collaborations avec des physiothérapeutes, des médecins et d’autres professionnels. J’étais confortable dans cet univers.
Mais je savais aussi que je devais développer mes compétences de gestionnaire.
Et comme pour plusieurs entrepreneurs, le syndrome de l’imposteur s’est rapidement manifesté. Surtout lorsqu’est venu le temps de réseauter, de participer à des concours ou simplement de prendre ma place dans le monde des affaires.
On peut facilement croire qu’on n’est pas à la hauteur. Qu’il faut attendre d’avoir les chiffres, les résultats ou les années d’expérience pour se sentir légitime.
Pourtant, les entrepreneurs sont bien plus souvent des généralistes que des experts dans tous les domaines de l’administration.
J’ai fini par passer par-dessus une partie de ce syndrome et j’en ai énormément bénéficié.
J’ai osé poser ma candidature à un programme de leadership pour femmes. Je me suis trouvé une coach d’affaires. J’ai intégré des groupes de gens d’affaires. J’ai participé à des concours entrepreneuriaux. Encore aujourd’hui, j’écoute des balados, je lis des livres et je continue de me former, parce que je sais que j’ai encore énormément à apprendre.
J’ai aussi souvent dû montrer une facette de moi que j’aspirais à devenir, même si je n’étais pas encore tout à fait cette personne. Et c’est peut-être ça, aussi, devenir entrepreneure.
Aujourd’hui, j’ai la chance d’être entourée de nouvelles entrepreneures, notamment à travers nos franchisées. Et une chose revient souvent dans nos discussions : le syndrome de l’imposteur est encore bien présent. Selon moi, beaucoup trop.
J’essaie donc de les encourager à passer par-dessus. À s’informer. À se former. À s’entourer. À participer. À se faire mentorer. À oser prendre leur place.
Mais surtout, je leur rappelle que l’entrepreneuriat est un long chemin. Rien ne se passe overnight. La confiance en soi ne se construit pas en attendant d’être prête. Elle se bâtit en essayant des choses, en vivant de petites victoires, en se trompant parfois et en apprenant de ses défis.
Et je pense que ce message s’adresse autant aux jeunes entrepreneurs qui commencent leur parcours qu’à ceux et celles qui rêvent encore de se lancer en affaires.
Il n’est pas nécessaire de tout savoir avant de commencer. Il n’est pas nécessaire de se sentir prêt à 100 %. Il faut toutefois être curieux, avoir envie d’apprendre, être prêt à s’entourer et accepter de grandir au fil du parcours.
L’entrepreneuriat, c’est un projet de création. C’est choisir de faire les choses autrement. C’est parfois décider de changer quelque chose dans la société.
C’est un choix courageux. Et ce choix n’est jamais facile.
Alors, mon message aux jeunes entrepreneurs et entrepreneures, mais aussi à ceux et celles qui hésitent encore à faire le saut, est simple :
Soyez patients avec vous-mêmes.
Continuez d’être courageux.
Pardonnez-vous vos erreurs.
Félicitez-vous pour vos petites victoires.
Regardez la grande image.
Et surtout, rappelez-vous que votre présence est importante. Peu importe où vous en êtes dans votre parcours, vous avez déjà votre place.
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être devenu l’entrepreneur que vous imaginez être pour vous considérer comme légitime.
Vous êtes déjà en train de le devenir.
Sarah Baribeau
Fondatrice et PDG de Bougeotte et Placotine® Québec